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lundi 4 décembre 2017

[Chronique] Entre deux mondes





Parution le 5 octobre 2017
chez Michel Lafon
 409 pages - 19.90 E
One Shot




Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.  Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.








Pourquoi ce livre ?
Olivier Norek est un auteur que j'ai envie de découvrir depuis un certains temps. L'arrivé dans mes rayons de son nouveau roman m'a poussée un peu plus à la curiosité et l'opportunité que j'ai eue de découvrir le début de son œuvre en service de presse grâce au travail m'a fait franchir le pas. Deux semaines plus tard, alors que je n'avais qu'à peine débuté ma lecture, j'ai eu l'occasion de rencontrer l'auteur à la foire du livre de Brive et de discuter avec lui. Dix minutes plus tard, je repartais avec mon exemplaire personnel dédicacé et une forte envie de savoir le fin mot de l'histoire. J'étais arrivée dans l'"Entre deux mondes"!


De quoi parle t-il ?
Adam, officiellement agent de la police militaire du régime de Bachar el-Assad mais officieusement membre de l'ASL, l'armée syrienne libre, doit de toute urgence fuir le régime sanguinaire de son pays. Pour cela, il envoit sa femme et sa fille à destination de "la jungle de Calais" dans l'espoir de les retrouver prochainement et de construire une nouvelle vie sans guerre ni ennuie. En parallèle, nous suivons également l'histoire de Bastien, un policier français qui vient s'installer dans cette nouvelle ville dont jamais il n'avait estimé la difficulté d'y vivre. Lorsque des meurtres sont commis dans l'enceinte de la jungle, personne ne pose de questions, ni ne réagit. Les plus forts résistent, les plus faibles meurent. Mais lorsque le destin de nos deux protagonistes se croisent, l'instinct et les réflexes de flic prennent le dessus. Commence alors une immersion dans un endroit entre deux mondes, l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur.


Que penser de l'histoire ?
L'histoire est divisée en cinq partie : Fuir, Espérer, Résister, Survivre, Sombrer. Autant vous dire qu'il ne faut pas s'attendre à se retrouver dans le monde des Bisounours. Pourtant, ce qu'il y a de plus difficile dans ce roman, c'est qu'il n'y a pas réellement de "méchant". Tout le monde est une victime a plus ou moins grande échelle. Chacun défend son bout de gras, se protège et met en œuvre des actions pour avoir une vie meilleure pour soi-même et les gens qui les entourent. Chacun vit cet enfer à sa manière peu  importe qu'il soit Syrien, Afghans, Soudanais ou même Français.

Adam est justement là pour nous montrer cet enfer, pour nous décrire la réaction de tous ces migrants auxquels seul l'espoir de partir en "Youké", à savoir United Kingdom, les raccrochent à la vie. Je ne dis pas que j'approuve les viols d'enfants, les meurtres ou autres choses intolérables de ce genre, seulement que la guerre et les situations de ce genre font faire à l’espèce humaine des choses qu'elles ne feraient pas en tant normal et l'auteur le justifie clairement dans son livre :

 "La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu'une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. Des morts, il y en a toutes les semaines."

Puis, d'un autre coté, il y a Bastien qui se bat pour défendre les victimes de cette jungle et qui nous emmène dans le quotidien des flics de Calais. Flics quasiment impuissants, qui doivent essayer de faire régner l'ordre sans pour autant s'impliquer totalement dans le problème. Leur objectif : empêcher les réfugiés de passer la frontière, protéger les routiers et la population française au prix de leur conscience. Des policiers en sous-régime qui n'ont aucun droit de demander de mutation, de partir... juste continuer d’exécuter les ordres, de faire leur métier, sans rien pourvoir faire d'autre que de supporter la situation. 

Olivier Norek est un ancien lieutenant de la section Enquête et Recherche de la police judiciaire du 93 et c'est sûrement cette expérience qui rend crédible et réelle cette histoire. "Entre deux mondes" n'est pas un roman que l'on peut classer comme polar mais plutôt comme un drame d'actualité. Ce qui est appréciable, c'est que malgré son ancienne position, il ne cherche pas à nous faire prendre partie pour un camp ou pour un autre. Il énonce juste une succession de faits se déroulant dans un camp puis dans un autre comme un reportage. Chaque point de vue est partagé objectivement, rien n'est omis,  et il ne reste que notre cerveau pour associer chaque pièce du puzzle et en tirer notre propre conclusion. 

Ce livre explore tout un tas de sujets d'actualité sans pour autant se perdre, chacun étant prévu pour s'emboîter dans les autres afin de ne former que cette œuvre à la plume si aiguisée. Le scénario est dynamique, sans longueur et notre lecture n'en est que plus agréable et plus fluide. Les sentiments se différencient, s'amplifient laissant place à un dénouement auquel on ne s'attendait pas, qui nous procurera étonnement ou frustration selon l'esprit de chacun mais qui reste fort et persuasif.


Que dire des personnages ?
On a toujours un personnage préféré dans un roman mais comment choisir quand chacun d'entre eux a sur nous un effet particulier. Adam, Bastien ou même Kilani, tous les trois ont cette faculté de nous intéresser. Leur histoire, leur passé et même leur avenir ont de l'importance à nos yeux.

Adam a eu une vie des plus difficiles dans un des pays les plus dangereux du monde et pourtant il ne pense qu'à une chose, protéger les personnes qui lui sont chères au détriment de sa propre vie. Son courage et sa détermination sont impressionnantes et méritent d'être cités en exemple. Bastien lui, fait preuve d'un énorme professionnalisme et d'une éthique irréprochable malgré une vie personnelle pas toujours des plus agréables. Deux hommes différents de par leur passé et leur culture mais égaux concernant leurs principes, leurs valeurs et leurs objectifs. Deux hommes qui feront tout pour survivre à la fois ensemble et chacun de leurs cotés face à cette jungle impitoyable où se confondent espoir et réalité. Deux hommes qui s'allieront pour sauver Kilani, ce petit garçon qui n'a rien demandé et dont la vie nous bouleversera et nous fera verser cette petite larme qui a résisté à l'envie de s’échapper de nos yeux pour couler sur notre joue. Kilani que l'on a envie de serrer dans nos bras, de protéger, qui est à la fois si prés et si loin de toute cette histoire et qui est source de tellement de courage et de pureté.

Dans ce livre, chaque personnage a son importance peu importe son origine. Bastien, Adam, Kilani, Maya, Nora, Passaro, Erika, Ousmane, Manon, Jade, Antoine, Julie et tous les autres... Ce sont toutes leurs petites histoires qui font de ce livre une grande Histoire. Un peu comme une pierre que chacun poserait pour la construction d'un édifice. Rien n'est inutile, tout est bon a prendre !


En conclusion?
De la joie, de la tristesse, de l'espoir, de la déception mais surtout tellement de frustration concernant la réalité de ce roman. Une réalité que nous, Français, principaux concernés, au final ne connaissons pas ou ne voulons pas connaitre de peur de faire preuve de trop d'humanisme au détriment de notre propre bonheur. "Entre deux mondes" est un poids lourd de la littérature française, un livre choquant, percutant, bouleversant, émouvant, qui nous plonge dans une palette intégrale de sentiments et qui ne peut laisser indifférent.

Merci Olivier Norek pour cette découverte, pour cette sagesse, pour ce réalisme et pour ce beau cours d'histoire. Vous venez de gagner une lectrice comblée qui n'aura qu'une hâte : découvrir le reste de vos œuvres.



Extrait du livre

"Je crois qu'on est d'accord pour dire que tous ces types dans la jungle fuient la guerre ou la famine. On n'est pas sur une simple migration économique mais sur un exil forcé. Ce serait un peu inhumain de leur coller une procédure d'infraction à la législation sur les étrangers et de les renvoyer chez eux. On passerait pour quoi ? Mais d'un autre coté, c'est plutôt évident que personne ne veut se soucier de leur accueil puisqu'on les laisse dans une décharge aux limites de la ville. Alors on leur a créé le statut de "réfugiés potentiels".  "




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