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lundi 26 février 2018

[Chronique] Les remords de l'assassin





Parution le 2 mai 2017
chez Marabout
Collection: Thriller
 380 pages - 19.90 E
One Shot



Trois couples à bout de souffle tentent de surmonter leurs difficultés. Karine et Olivier s’empêtrent dans une crise conjugale qui les dévore lentement depuis des années. Patricia et Franck, victimes d’un drame personnel, voient leur vie basculer du jour au lendemain. Aurélie et Philippe, tous deux psychiatres, entretiennent une liaison adultère et ont bien du mal à envisager leur avenir amoureux. Apparemment étrangers les uns aux autres, tous se croisent pourtant, s’entrechoquent et jouent un rôle crucial dans une affaire criminelle impliquant l’assassinat sauvage de quatre jeunes filles, en cinq semaines, dans le nord de Paris. Le Parquet en confie alors l’enquête au commandant Vauquier, de la Brigade criminelle, qui se distingue par ses méthodes punitives et radicales.











Pourquoi ce livre ?
Peut-être ne l’avez-vous pas remarqué (ou pas encore), mais j’aime beaucoup les chassés-croisés entre les personnages d’un récit. Des gens que rien ne semble disposer à se rencontrer, à se croiser, se retrouvent irrémédiablement liés ; et les conséquences sont souvent comme les icebergs, c'est-à-dire peu visibles en apparence, et énormes lorsque l’on gratte sous la surface. Je n’avais pas lu d’écrits de Laurent Bettoni, je partais donc dans l’idée d’un nouveau chassé-croisé, le tout sur fond de maladie mentale… allez go !


De quoi parle t-il ?
On suit trois couples, Karine et Olivier, unis depuis une vingtaine d’années, avec une fille adolescente et bientôt étudiante. Leur couple semble subir l’érosion du temps : deux personnes qui vivent côte à côte avec un réel attachement, mais n’ayant plus les mêmes envies, les mêmes attentes.

Le second couple est Aurélie et Philippe. Tous deux psychiatres, lui chef de service, marié avec des enfants, et conjuguant responsabilités professionnelles et ambitions personnelles ; elle jeune recrue pleine d’assurance, avec une certaine envie de changer les pratiques et préjugés de la psychiatrie.

Le troisième couple est celui de Franck et Patricia, qui malgré les années tentent d’appliquer le fameux adage "la vie de couple est faite de concessions", et semblent plutôt bien s’en sortir. Et il y a ce fameux soir, cet accident qui va bouleverser leurs vies, et montrer qu’une situation peut être vécue de manière radicalement différente par deux individus ; que le fait de parvenir à pardonner est pour certains le fruit d’un long travail sur soi-même et pour d’autres un échec, une résilience.

Le dernier personnage principal, qui n’est qu’évoqué sur la quatrième de couverture, est Ephraïm. On apprend dès le début que cet homme souffre d’importants troubles mentaux, et a des accès de violence, pouvant entraîner la mort. Rassurez-vous je ne vous spoilie pas, on l’apprend dans les vingt première pages du récit, et l’on comprend que ce n’est que le début d’une série noire.


Que penser de l'histoire ?
Le récit est découpé en chapitres qui ont lieu à des moments différents, des lieux différents, et ne se suivent pas chronologiquement. Je dois reconnaître que je n’ai pas compris immédiatement ce découpage, que je trouvais même brouillon. Cet aspect de la construction narrative ne semblait pas correspondre avec le style rédactionnel de l’auteur, que je qualifierais fluide, aux descriptions fournies et aux dialogues « ping-pong ». Cela me laissait assez perplexe. Et puis j’ai compris ! La construction du récit m’a beaucoup fait penser à Pierre Lemaître et à son titre "Robe de Marié". Les pièces du puzzle se mettent en place, et je dois reconnaître avoir lâché un "oh noooon !". 

La thématique des maladies mentales est largement abordée, tant sur la prise en charge médicale, la reconnaissance de ces maladies et leur traitement judiciaire, que le vécu d’une telle situation par l’entourage. Il s’agit ici de répondre à la question : la maladie mentale est-elle un crime ? Alors posez-vous la question avant de commencer la lecture, et interrogez-vous à nouveau après. Je suis curieuse d’avoir votre retour.

La pression médiatique et populaire liée à de telles affaires est également abordée, connectant le récit à la réalité, peut être même trop, en nous rappelant les traitements journalistiques de certaines affaires, les réactions des politiques, les réactions et manifestations de foules. Mais cette fois-ci on le vit au travers des personnages, et non pas derrière nos écrans de télévision ou dernières nos journaux. Ce point est à mon sens une composante de notre société actuelle, qui n’est pas sans conséquence sur les intervenants (médecins, policiers, victimes…) de ces tragédies.


En conclusion?
J’ai retrouvé l’ambiance du chassé-croisé, ainsi que le découpage de l’histoire dans l’esprit de celle de "Robe de Marié", donc ces points m’ont vraiment beaucoup plu. Un petit bémol sur la dernière partie abordant la maladie mentale qui, à mon sens, ralenti le rythme du récit, et est un peu trop longue. De formation juridique, j’ai une approche qui tend naturellement sur le traitement judiciaire de cette question des maladies mentales, et j’ai apprécié la confrontation de ces approches (judiciaire, médicale et familiale). Certaines scènes sont assez crues, voire difficiles, mais font tout à fait écho à la personnalité de l’assassin : sans retenue, sans conscience, gênantes… Un point de vue intéressant et une belle écriture, en somme un moment fort sympathique.



Extrait du livre

" -Y a personne, y a personne…
-Pardon ?
-Y a personne, y a personne.
L’effet de surprise consommé, la femme prit le temps de détailler l’homme. Elle remarque alors qu’il avait les cheveux hirsutes et sales, un regard halluciné, qu’il portait un pantalon et un sweat qui n’étaient plus de toute première fraicheur, et qu’il se dégageait de lui une mauvaise odeur. Elle
recula dans le magasin, sans lui tourner le dos. Il la suivit, leur pas s’emboîtant les uns dans les autres en une danse improbable. «Y a personne, y a personne », insistait-il en se tapant l’oreille de plus en plus vite. « C’est un faux. Le Monsieur, au téléphone, c’est un faux. Y a personne, y a personne». Son débit de parole augmentait, et il sourit largement, la bouche et les yeux grands ouverts, en s’avançant toujours vers la femme. Elle recula d’autant et le pria de la laisser tranquille. Autour d’eux, des clients se demandaient s’ils étaient ensemble ou non et s’éloignaient de ce couple étrange.  "

 




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